« LA NUIT, J’ENTENDS LES RATS GRATTER. »

Au nord de Paris, Aubervilliers, avec ses 80 000 habitants, est fortement touchée par le fléau très lucratif des marchands de sommeil, comme de nombreuses communes de la communauté d’agglomération. En 2013, le parc privé potentiellement indigne représentait 23 % des habitations, soit plus de 3 300 logements, l’un des taux les plus élevés sur Plaine Commune. Ici, sur les 60 % de logements privés, plus de la moitié date d’avant 1948, avec beaucoup d’appartements de petite taille. Durant l’été 2018, deux drames, presque coup sur coup, marquaient la ville. Le deuxième incendie, le 19 août, qui a fait vingt-deux blessés dont sept grièvement, s’est déclaré dans un local commercial qui n’avait aucune autorisation d’habitation. De nombreuses personnes d’une même famille y vivaient pourtant.

Depuis plusieurs années, la ville a décidé de passer à l’offensive contre les marchands de sommeil. Elle a commencé par muscler son service juridique avec un poste spécialisé sur la question. « Grâce à cela, et aussi en lien avec la procureure de la République de Seine- Saint-Denis, nous avons gagné davantage de condamnations, explique Soizig Nedelec, ajointe au maire au logement. Nous avons notamment obtenu la confiscation de l’un des deux biens d’un marchand de sommeil qui avait aménagé des combles où une quarantaine de personnes vivaient dans de terribles conditions. » Pourtant, l’élue déplore que ce délit ne soit pas puni à sa juste valeur. « De plus en plus, on constate de nouvelles pratiques dans des pavillons à la découpe, des locaux industriels ou commerciaux, qui sont beaucoup plus difficilement identifiables », souligne David Rebuffel, directeur du service logement habitat de la ville. 

Reportage chez des locataires victimes, réalisé le 29 Août 2018.

Paru dans L’Humanité Dimanche n°624

Texte et légendes par Nadège Dubessay,
Photographies de Nicolas Fatous.